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Plus que jamais, le duc règne "par la grâce de Dieu" parce qu'il descend, selon la formule de la chancellerie, "des rois, ducs et princes de Bretagne". Plus tard, en apprenant les détails de la cérémonie d'intronisation du duc de Bretagne, le roi de France, Louis XI (1423-1483) accusera le duc d'usurper les droits régaliens. Il faut reconnaître que cette intronisation du duc de Bretagne offre beaucoup d'analogies avec le sacre du roi de France à Reims. Et il est non moins évident qu'un tel état d'esprit, qui se manifeste ainsi tant par la magnificence de la cérémonie que par les textes de la propagande officielle, renforce considérablement non seulement un nationalisme exacerbé, mais une véritablexénophobie dont les Français sont bien souvent les principales victimes.Isabeau_de_Baviere.jpg

Du côté du royaume de France, Charles VI (beau-père de Jean V) n'a que quelques rares moments dee lucidité. Le frère de Jean V, Arthur et des seigneurs bretons comme Tanguy du Chastel (meurtrier de Jean sans Peur, duc de Bourgogne) sont au service du fils de Charles VI, le "petit roi de Bourges" avant de devenir Charles VII. La monarchie des Valois traverse une grave crise, le roi est fou et des luttes féroces opposent ceux qui sont dans son entourage. Louis d'Orléans, frère de Charles VI est assassiné en 1407 par Jean sans Peur, fils et successeur de Philippe le Hardi sur le trône ducal de Bourgogne, Jean sans Peur qui sera assassiné à son tour sur ordre du dauphin, le futur Charles VII en 1419.  Jean V de Bretagne se trouve mêlé aux évènements qui se déroulent tant à Paris que dans les provinces; Elisabeth de Bavière – dite Isabeau par ses sujets français - (1371 - septembre 1435) épouse de Charles VI fut impliquée dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. C'est sous la bannière herminée du duc de Bretagne qu'elle revint dans la capitale de la France après avoir été obligée de quitter Paris, dominé alors par les Bourguignons. La protection bretonne d'Isabeau ne suffira pas, et en 1408, le contingent breton quitte Paris emenant avec lui la reine en sûreté à Tours.

On pourrait alors croire que le duc de Bretagne joue à fond la carte de la monarchie chancelante des Valois. Mais tout cela n'est qu'un double jeu. Jean V s'efforce de concilier le bonnes grâces du duc de Bourgogne, mais en même temps, il laise son frère Arthur, titulaire du comté anglais de Richemond, lever des troupes en Bretagne pour combattre avec ceux qu'on appelle maintenant les "Armagnacs", partisans de Charles d'Orléans, fils du duc assassiné et père du futur Louis XII. En 1414, Jean V se dérobe aux obligations  qu'il doir au roi de France et refuse d'envoyer des troupes contre les Bourguignons.  En 1415, containt d'aller combattre les Anglais dans l'armée royale française,  il rassemble quelques 10 000 hommes, mais ceux-ci arrivent trop tard sur le champ de bataille d'Azincourt et ne peuvent qu'assister de loin à la déroute française. Il est plus que probable que ce retard était programmé. Cela vaut quand même à l'armée bretonne de ne pas avoir été vaincue dans ce combat qui marque définitivement la mort de la chevalerie française. Mais Jean V est assez habile pour démontrer sa bonne foi, ce qui lui rapporte, en guise de récompense, la récupération de Saint-Malo, qui était alors sous séquestre du roi de France. Il est certain que ce n'est pas Charles VI lui-même qui a décidé cette restitution, mais la reine Isabeau, qui devait se souvenir de l'aide que les troupes bretonnes lui avaient apportée au moins à deux reprises. Le duc de Bretagne apparaît comme l'arbitre de la situation et finalement le plus ferme soutien de la monarchie des Valois.Jean_V_de_Bretagne_et_Jeanne_de_France-mariage.png

Dès lors, une politique de balance, que certains dénonceront cmme une suite d'hésitations ou de doubles jeux savamment calculés, va voir le jour. Entre 1407 et1418, comme le dit Alain Bouchart, le duc "ne voulut plus s'entremettre de la guerre entre Français et Anglais".

  Et le meurtre de Jean sans Peur, en 1419, rejette franchement Jean V dans le camp des Bourguignons, et il est tout disposé à accepter le traité de Troyes qui fait du nouveau et jeune roi d'Angleterre Henry VI, fils d'Henry V de Lancastre, mais petit-fils de Charles VI de Valois, l'héritier légitime de la couronne française. Et pendant tout le reste de son règne, Jean V va osciller constamment entre les deux partis, bien que son frère Arthur et son vassal Gille de Rais aient été les fidèles et dévoués compagnons de Jeanne d'Arc. Ainsi, en 1421, par un traité signé à Sablé, la balance penche en faveur du dauphin; mais, en 1422, le duc de Bretagne reconnaît officiellement Henry VI comme roi de France, envoyant même des troupes se joindre à celles de Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et à celles de l'Anglais Bedford, régent du double royaume franco-anglais pendant la minorité d'Henry VI de Lancastre. Cela n'empêchera  nulement Jean V de renouer, entre 1424 et 1426, avec le dauphin devenu Charles VII, lequel vient précisément de nommer son frère Arthur connétable de France. A cette occasion, il prête l'hommage - simple - à Charles VII et envoie de petites troupes aider le roi en basse Normandie. Mais à partir de 1427, écoeuré par l'attitude des conseillers de Charles VII, il fait alliance avec le roi d'Angleterre avant de renoncer à tout engagement et à maintenir la Bretagne dans une stricte neutralité jusqu'à son décès en 1442.

En 1420, à la période la plus sombre de l'histoire de France, les deux tiers du royaume sont aux mains des Anglo-Bourguignons. Mais la Bretagne, qui n'est pas un démembrement du royaume, échappe à la fois aux horreurs de la guerre et à l'annexion anglaise. C'est un Etat indépendant. Habilement, Margot la Boiteuse négocie avec le dauphin, écarté du trône, et surtout avec Yolande d'Aragon, pour faire définitivement tomber, sous conditions, le duché dans l'orbite française. Ce serait pour le dauphin écarté du trône, un tremplin fort précieux dans sa lutte contre la domination anglaise. Et Margot la Boiteuse, fille d'Olivier de Clisson obtient le feu vert pour opérer un véritable coup d'Etat: s'emparer de Jean V, à la rigueur le faire mourir, et remettre la couronne ducale à Olivier de Blois-Penthièvre. C'est ainsi que s'organise un complot bien préparé.

Comme dans toute opération de ce genre, il faut un prétexte, réel ou inventé de toutes pièces. En l'occurrence, il est bien réel: il s'agit de la forteresse de Montcontour. Celle-ci était à l'origine une propriété des Penthièvre passée ensuite par le biais de son mariage avec Margueritte de Rohan sous la domination d'Olivier de Clisson. A la mort du connétable, en 1407, l'héritage de Montcontour, normalement dévolu à sa fille Margot, est contestéé par le duc qui réunit les Etats de Bretage pour faire le procès de la fille du connétable. Margot y est déclarée félonne. Jean V confisque alors les biens des Penthièvre et il s'ensuit une période de troubles et de procès qui n'en finissent pas.

le 13 février 1420, Jean V qui a trente ans est fait prisonnier  de Margot la Boiteuse. Les Bretons réagissent avec rapidité. La jeune duchesse Jeanne, pourtant fille du roi de France, convoque les Etats à Vannes du 16 au 23 février 1420 afin de prendre les mesures immédiates pour délivrer le duc indûment retenu prisonnier. En l'absence des principaux notables prisonniers eux aussi de Margot la Boiteuse ou des Anglais, les Etats confient le gouvernement du duché au vicomte Alain III de Rohan, en tant que lieutenant général, asisté de son fils, seigneur de Porhoët, de son neveu et de quelques seigneurs. Ils mettent sur pied une armée de 18000 hommes qui vont prendre les principales forteresses des Penthièvre: Lamballe, Guingamp, Châteaulin, Broons.De plus, paysans, bourgeois et petits nobles s'organisent en milices pour délivrer leur duc. Deux mois plus tard, le duc Jean V est délivré.

L'affaire Penthièvre a eu le mérite d'affirmer le ralliement définitif des Rohan aux Montfort. Cependant, Jean V, ulcéré par l'attitude du dauphin, qu'il rend pour responsable de son enlèvement, se rapproche du roi d'Angleterre. Et c'est ainsi qu'abandonnant la cause des Armagnacs, il approuve les termes du traité de Troyes  et reconnaît Henry VI comme roi de France et d'Angleterre. Ce sera le duc de Bedford qui dirigera le double royaume pendant la minotité du jeune roi. charles-VII.jpg

Or Bedford a épousé Anne de Bourgogne tandis qu'Arthur, frère de Jean V, se marie en 1423 avec une autre soeur de Philippe le Bon, Marguerite. Le futur connétable de France devient donc le beau-frère du régent anglais et du duc de Bourgogne. Après avoir servi les Anglais, il reviendra dans le camp français et s'illustrera en de nombreuses occasions, notamment au sursaut de Charles VII et de l'étrange et héroïque épopée de Jeanne d'Arc. Car si Jeanne d'Arc a réussi à délivrer Orléans, c'est en grande partie grâce aux contingents bretons dirigés par Arthur de Richemond et le maréchal de Rais. C'est aussi grâce à Arthur, devenu connétable des armées royales, que Charles VII peut se réconcilier avec Philippe le Bon par le traité d'Arras, en 1437, et faire ensuite son entrée solennelle dans Paris. Jean V, depuis cette date, ne cesse de louvoyer entre la France et l'Angleterre, recevant même d'Henri IV, "roi de France et d'Angleterre", le comté de Poitou avec tous ses revenus, mais en même temps traitant avec le plus grand respect le roi de France. C'est ce qu'on appelle une politique de neutralité bien comprise, à l'image de celle qui sera suivie par l'Etat libre d'Irlande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Jean V semble avoir compris que les querelles dynastiques qui opposent les familles royales de France et d'Angleterre - et celles qui secouent de l'intérieur les dites familles - ne peuvent qu'affaiblir la puissance et le rayonnement du monde occidental, surtout au moment où la chrétienté est déchirée entre Rome et Avignon. Certes, Jean V, comme le roi de France, reconnaît le pape d'Avignon, Martin V; mais cela n'empêche nullement certains de ses vassaux de pencher plutôt vers Rome.

Ce qu'il faut surtout retenir de cette période, c'est l'avantage acquis par la Bretagne en demeurant en fait hors du conflit franco-anglais. Alors que le royaume de France est en grande pitié, envahi aux deux tiers par les Anglais, la Bretagne, paisible, peut servir d'échange entre les deux nations belligérantes, ce qui constitue un avantage certain, situation qui n'est pas sans rappeler celle qu'a connue la Confédération Helvétique pendant les Première et Seconde Guerres mondiales. Comme l'écrit le chroniqueur Jean de Saint-Pol: "le duc se tint en son pays en grande prospérité et richesses, lorsque la grande guerre était au royaume de Frane; et se retirèrent toutes les richesses du royaume en la duché (sic) de Bretagne pour la sûreté et la paix qui y étaient entretenues." Les preuves historiJoanna-of-Flanders-Hennebont-1344.jpgques ne manquent pas: de nombreux étrangers viennent en effet y chercher refuge, telles ces familles normandes qui fuient les Anglais et auxquels Jean V accorde des lettres de nationalité, espérant que, par leur travail et leur industrie, elles pourront contribuer à augmenter  ce qu'on n'appelle pas encore le P.I.B., c'est-à-dire le "produit inétrieur brut". Il faut reconnaître que pendant le long règne de Jean V (quarante-trois années), le taux de croissance n'a jamais été aussi important dans l'histoire du duché.

 

Il est remarquable de constater le rôle des femmes dans l'histoire de la Bretagne. Non seulement deux d'entre elles, Constance (1161-1201) et Alix (1201-1221), ont transmis la lignée des anciens rois (le roi Arthur 1° de Bretagne, fils de Constance et Jean 1° de Bretagne, fils d'Alix de Thouars, duchesse de Bretagne), mais d'autres se sont distinguées par leurs actions, quelles qu'elles soient: Jeanne la Flamme, la virulente épouse de Jean de Montfort et Jeanne de Penthièvre, l'exigeante épouse de Charles de Blois (la guerre des Deux Jeannes à la guerre de succession de Bretagne, qui dura vingt ans à la mort de Jean III), Margot de Clisson, dite "la Boiteuse", Jeanne de France, la fidèle épouse de JeanV, la bienheureuse Françoise d'Amboise...

 

Et il y aura bientôt Anne de Bretagne, dans d'autres circonstances.

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