C’est une sorte d’hommage à Samuel Beckett que l’économie européenne joue et rejoue à guichets fermés. Beckett attendait Godot. Nous attendons la reprise. Qui traîne, qui ne viendra pas. En dépit de toutes les promesses verbales et de tous les espoirs. On peut incriminer la stratégie dominante des gouvernements européens. Réduire les déficits, sans doute, mais pourquoi s’étonner que cette cure d’austérité à marche forcée engendre l’atonie ?
Sans compter l’obsession allemande de l’euro fort et son refus, non moins obsessionnel, d’une inflation maîtrisée. On tue le cheval à lui infliger un tel remède.
Mais, par-delà ces préoccupations légitimes, il faut s’interroger sur l’après-crise, se demander s’il existera, au bout du bout, une quelconque restauration de l’âge d’or. Nos politiques feraient bien de modifier leur politique. Mais ils feraient mieux encore de nous débarrasser de ce mirage. Car, pas plus que n’arrivera Godot, nous ne retrouverons l’ivresse des Trente Glorieuses, le toujours plus garanti. Tandis que la finance devient folle, nous changeons d’ère et de logiciel.