Avant-hier, c’était quoi, une grève ? C’était un affrontement plus ou moins brutal entre prolétaires et possédants. Mais c’était aussi une fête, la fête de la dignité retrouvée. A la fin du siècle dernier, c’était quoi, une grève ? C’était fréquemment un mouvement de défense des acquis, lequel mouvement excluait les faibles, les femmes, les trop jeunes ou trop vieux, les précaires, les immigrés qui, eux, n’avaient guère d’acquis à défendre. Et c’est devenu quoi, aujourd’hui ? Voilà que les nouveaux grévistes, les nouveaux manifestants sont les huissiers, les pharmaciens, les commandants de bord, les pontes de l’agroalimentaire intensif et, maintenant, les patrons. Misère du mouvement social, écrirait le bon Karl Marx…