L’espace contrôlé ou sous influence occupe une partie du Croissant fertile : des abords de l’axe vital Alep-Damas (Syrie) à l’ouest, aux environs de Bagdad (Irak) à l’est. Il recouvre environ deux tiers de la Mésopotamie antique, celle unifiée et organisée dans le premier empire babylonien (2000-1500 av. J.-C.). Ce qui compte parmi les premières constructions étatiques n’avait pu être édifié que grâce à la présence combinée de l’eau (fleuves Tigre et Euphrate avec leurs affluents) et de terres cultivables (irriguées ou non). Les cartes montrent l’emprise de Daesh sur une partie de ces espaces nourriciers : vallée de l’Euphrate de Jarabulus à Anah, puis (de façon discontinue) de Haditah à Falloudja ; vallée de la Khabour (affluent de l’Euphrate) et vallée du Tigre entre Rabia et l’amont de Samara. Bénéficiaires d’aménagements hydrauliques plus ou moins récents (Daesh exerce son emprise sur la plus grande partie des 56 000 km2 de terres irriguées en Syrie pour bonifier la Djézireh), ces régions produisent notamment du coton, de l’orge et du blé. Selon le ministère irakien de l’agriculture, Daesh aurait la mainmise sur 40% de la production agricole irakienne. La Syrie assurait son autosuffisance alimentaire avant la guerre civile, mais il est difficile de savoir quelles sont aujourd’hui les disponibilités en nourriture dans les zones insurgées.